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Retrait de l'autorité parentale pour harcèlement conjugal : faut-il en faire la demande soi-même ?

Une victime de harcèlement conjugal doit-elle réclamer elle-même le retrait de l'autorité parentale de son ex-conjoint ? La Cour de cassation confirme, le 13 mai 2026, que le juge pénal peut s'en saisir d'office, sans demande préalable.

Vous avez été victime de harcèlement de la part de votre ex-conjoint, en présence de vos enfants. Vous craignez de devoir, en plus de tout le reste, réclamer vous-même le retrait de l'autorité parentale. La Cour de cassation vient de confirmer que ce n'est pas à vous de porter seul cette démarche.

À retenir en 30 secondes

  • Un parent condamné pour harcèlement conjugal peut se voir retirer l'exercice de l'autorité parentale, même si l'autre parent n'en a fait la demande à aucun moment.
  • La Cour de cassation consacre le principe d'indisponibilité de l'autorité parentale : elle n'est pas un droit dont les parents disposent, mais une fonction au service de l'enfant.
  • Le juge pénal doit seulement recueillir les observations de l'autre parent, il n'a pas besoin de son accord ni de sa demande expresse.
  • Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale n'est pas définitif : une mainlevée reste possible devant le juge aux affaires familiales si le parent démontre avoir retrouvé la capacité de l'exercer.

Un père condamné à Dijon, un retrait prononcé sans demande de la mère

Le 13 mai 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rendu un arrêt qui clarifie une question sensible pour les victimes de violences conjugales. Un homme avait été condamné par le tribunal correctionnel, le 2 avril 2024, pour harcèlement à l'encontre de son ex-conjointe, mère de leurs deux enfants mineures, des faits commis en présence de ces dernières. Il avait été condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis probatoire.

Sur appel du prévenu et appel incident du ministère public, la cour d'appel de Dijon a, le 27 mars 2025, confirmé la culpabilité, ajouté trois ans d'inéligibilité et ordonné le retrait de l'exercice de l'autorité parentale sur les deux enfants. Le père s'est pourvu en cassation sur ce seul point, soutenant que la mesure était disproportionnée et que la mère, interrogée à l'audience, n'avait formulé aucune demande en ce sens.

Rappel du cadre juridique applicable

L'article 378 du Code civil permet au juge pénal de retirer totalement l'autorité parentale ou seulement son exercice à un parent condamné, notamment comme auteur d'un crime ou délit commis sur la personne de l'autre parent. Depuis les lois du 28 décembre 2019 relative aux violences au sein de la famille et du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales, ce texte a été renforcé à plusieurs reprises : la loi du 18 mars 2024 relative à la protection des enfants victimes de violences intrafamiliales a précisé que la juridiction pénale doit désormais se prononcer sur cette question, sauf décision contraire spécialement motivée, dès lors qu'un crime ou certains délits ont été commis sur l'autre parent.

Ce cadre s'inscrit dans un mouvement législatif plus large de renforcement de la protection des enfants exposés aux violences conjugales. L'article 376 du Code civil rappelle par ailleurs que l'autorité parentale est indisponible : les parents ne peuvent ni y renoncer, ni s'accorder entre eux sur son maintien ou son retrait.

Bon à savoir

Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale est différent du retrait total. Le premier suspend l'exercice concret des droits et devoirs parentaux, tandis que le second en prive totalement le parent. Dans les deux cas, le lien de filiation avec l'enfant subsiste.

Ce que confirme l'arrêt du 13 mai 2026

La Cour de cassation rejette le pourvoi du père. Elle affirme que l'autorité parentale est une fonction qui, instituée dans l'intérêt de l'enfant, est indisponible et ne saurait faire l'objet d'une renonciation ni d'un accord entre les parents quant à son retrait ou son maintien. Il en résulte que le juge peut ordonner le retrait de son exercice sans requête préalable de l'autre parent, à la seule condition d'avoir recueilli ses observations sur l'opportunité de la mesure.

La Cour précise également que les faits de harcèlement commis en présence des enfants suffisent à caractériser un manquement grave aux devoirs parentaux, sans qu'il soit nécessaire de démontrer que le parent auteur des violences a lui-même maltraité les enfants directement. L'exposition répétée à un climat de violence est, en elle-même, un facteur pris en compte pour apprécier le danger pour leur développement.

Le regard du cabinet Majeli Avocat sur cette décision concernant le retrait de son autorité parentale

Pour Maître Océane Goursaud, avocate en droit de la famille et en droit pénal à Nantes et Ancenis, cet arrêt illustre la complémentarité entre ces deux branches du droit dans les dossiers de violences conjugales : le juge pénal, qui sanctionne l'infraction, devient également un acteur de la protection de l'enfant, sans attendre une initiative de la victime déjà mise à rude épreuve par la procédure. C'est une clarification rassurante pour les parents qui craignent, à tort, de devoir porter seuls cette demande en plus du reste.

Conséquences pour les personnes concernées par l'arrêt du 13 mai 2026

  • Si vous êtes victime de harcèlement ou de violences de la part de l'autre parent, vous n'avez pas à demander vous-même le retrait de son autorité parentale : le juge pénal peut s'en saisir d'office lors du procès pénal.
  • Vos observations vous seront demandées sur l'opportunité de la mesure, mais votre silence ou l'absence de demande explicite de votre part ne fait pas obstacle à ce que le juge l'ordonne.
  • Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale n'entraîne pas nécessairement la rupture des relations avec les enfants : un droit de visite peut subsister, selon les circonstances.

Vous êtes concerné par une situation de harcèlement ou de violence au sein du couple ?

Maître Océane Goursaud peut vous accompagner, en droit pénal comme en droit de la famille, pour la protection de vos enfants.

Prendre rendez-vous

Ce que cette décision du 13 Mai 2026 ne change pas

  • Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale n'est pas automatique : le juge conserve un pouvoir d'appréciation et doit motiver sa décision au regard de l'intérêt concret de l'enfant.
  • Cette mesure n'est pas définitive : le parent concerné peut solliciter une mainlevée devant le juge aux affaires familiales s'il démontre avoir retrouvé la capacité d'exercer ses droits et devoirs parentaux.
  • Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale se distingue du retrait total, qui prive le parent de l'ensemble des attributs patrimoniaux et personnels attachés à l'autorité parentale : les effets ne sont pas identiques.

FAQ sur le retrait de l'autorité parentale

Dois-je demander moi-même le retrait de l'autorité parentale de mon ex-conjoint ?

Non. Le juge pénal peut ordonner cette mesure d'office lors du procès pénal, sans demande expresse de votre part, dès lors que vos observations ont été recueillies.

Le retrait de l'autorité parentale signifie-t-il que mon ex-conjoint ne verra plus jamais nos enfants ?

Pas nécessairement. Le retrait de l'exercice de l'autorité parentale n'entraîne pas automatiquement la suppression du droit de visite, qui reste appréciée séparément par les juridictions compétentes.

Cette mesure peut-elle être annulée par la suite ?

Oui. Une mainlevée peut être sollicitée devant le juge aux affaires familiales si le parent concerné démontre qu'il a retrouvé la capacité d'exercer l'autorité parentale dans l'intérêt de l'enfant.

Cette règle s'applique-t-elle uniquement en cas de violences physiques ?

Non. Dans l'affaire jugée, les faits retenus étaient des faits de harcèlement, une infraction distincte des violences physiques mais également prise en compte par le juge pénal au titre de la protection de l'enfant.

Vous êtes concerné par une situation de harcèlement conjugal et vous vous interrogez sur la protection de vos enfants ? Le cabinet Majeli Avocat, sous la responsabilité de Maître Océane Goursaud, accompagne les familles de Nantes et d'Ancenis en droit pénal comme en droit de la famille.

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