Le juge aux affaires familiales a fixé un droit de visite et d'hébergement. Mais l'autre parent refuse de vous présenter l'enfant, retarde les remises, ou ne le ramène pas à la date prévue. Cette situation, douloureuse pour le parent concerné, l'est tout autant pour l'enfant. Et elle n'est pas sans conséquence juridique pour celui qui la provoque.
Nous allons vous expliquer ce que recouvre juridiquement le non-respect du droit de visite, les infractions encourues, et les recours disponibles, civils comme pénaux.
Le droit de visite et d'hébergement (DVH) est la modalité par laquelle le parent chez qui l'enfant ne réside pas habituellement maintient un lien régulier avec lui. Il est fixé soit par accord amiable entre les parents (homologué ou non par le juge), soit par décision du juge aux affaires familiales (JAF).
Le DVH est un droit, mais aussi un devoir. Il découle directement de l'exercice de l'autorité parentale et du droit de l'enfant à entretenir des relations personnelles avec chacun de ses parents, consacré par l'article 9-3 de la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) et l'article 371-4 du Code civil.
À retenir
Une décision de justice ou une convention parentale homologuée par le juge fixant le DVH a force exécutoire. Son non-respect n'est pas une simple question de bonne entente entre parents, c'est une violation d'une décision judiciaire, avec des conséquences juridiques précises.
Le non-respect du DVH peut se manifester dans les deux sens : qu'il s'agisse du parent hébergeant qui refuse de remettre l'enfant, ou du parent bénéficiaire du DVH qui ne le restitue pas dans les délais prévus.
À retenir
Dans les deux cas, le non-respect du DVH peut constituer une infraction pénale. Il n'y a pas de « bon côté » du non-respect : que vous soyez le parent hébergeant ou le parent bénéficiaire, vous êtes soumis aux mêmes obligations.
C'est un point que beaucoup ignorent : le non-respect d'une décision de justice fixant le droit de visite et d'hébergement constitue une infraction pénale autonome, prévue par le Code pénal.
| Infraction | Texte | Peine encourue |
|---|---|---|
| Non-représentation d'enfant (refus de remettre l'enfant) | Art. 227-5 C. pénal | 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende |
| Non-restitution d'enfant (refus de rendre l'enfant) | Art. 227-6 C. pénal | 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende |
| Soustraction d'enfant à l'autorité parentale (départ à l'étranger sans autorisation) | Art. 227-7 C. pénal | 1 à 3 ans d'emprisonnement et 15 000 à 45 000 € d'amende |
Ces infractions sont définies aux articles 227-5 à 227-11 du Code pénal. Elles sont constituées dès lors qu'une décision de justice existe et que l'un des parents s'y oppose délibérément, même ponctuellement. Un refus unique, s'il est clairement établi, peut suffire à caractériser l'infraction.
La tentative de conciliation préalable n'est pas une condition légale pour déposer plainte, mais elle peut être utile pour documenter la mauvaise volonté de l'autre parent et renforcer la crédibilité de la démarche judiciaire.
À retenir
ces infractions relèvent du parquet. Une fois la plainte déposée, c'est le procureur de la République qui décide des suites à donner (classement, médiation pénale, poursuites). Le parent victime n'est pas seul maître du calendrier pénal.
Parallèlement aux recours pénaux, des voies civiles permettent d'agir rapidement pour faire respecter le DVH et, si nécessaire, modifier les modalités fixées.
Le parent dont le DVH n'est pas respecté peut saisir le JAF par requête pour demander l'exécution forcée de la décision. Le juge peut alors :
Le juge peut assortir sa décision d'une astreinte, une somme d'argent due par le parent défaillant pour chaque jour ou chaque weekend de DVH non respecté (article L. 131-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Cette mesure crée une pression financière directe et immédiate.
L'astreinte est liquidée par le juge de l'exécution à la demande de la partie créancière, sur présentation des preuves du non-respect.
Lorsque les manquements sont répétés, documentés et que le comportement du parent hébergeant nuit manifestement à l'intérêt de l'enfant, le JAF peut être saisi d'une demande de transfert de résidence. Cette décision n'est pas prise à la légère : le juge apprécie l'ensemble de la situation et place toujours l'intérêt supérieur de l'enfant au centre de son analyse.
La jurisprudence est constante sur ce point : le refus répété et injustifié de présenter l'enfant à l'autre parent peut justifier un transfert de résidence (Cass. 1re civ., 16 mai 2018, n° 17-15.535).
À retenir
La voie civile et la voie pénale ne s'excluent pas. Elles peuvent être menées simultanément. La voie civile permet d'agir sur les modalités du DVH et la situation de l'enfant ; la voie pénale sanctionne le comportement du parent défaillant.
Quelle que soit la voie choisie (civile ou pénale), la preuve du non-respect est déterminante. Il est indispensable de constituer un dossier solide dès les premiers incidents.
Le constat par commissaire de justice : c'est le moyen de preuve le plus efficace en cas de non-représentation. Son coût est modéré (entre 80 et 150 € selon les cas) et il constitue un acte authentique irréfutable. En cas de procédure ultérieure, il fera office de preuve incontestable.
Dès le premier refus, commencez à constituer votre dossier de preuves. Ne laissez pas les incidents s'accumuler sans trace : chaque incident non documenté affaiblit votre position future.
Envoyez un message écrit (SMS, e-mail ou courrier recommandé) rappelant les modalités fixées par la décision de justice et demandant le respect du DVH. Cette démarche trace votre bonne foi et documente le refus de l'autre parent.
En fonction de la gravité de la situation, votre avocate vous orientera vers la voie la plus adaptée : saisine du JAF pour modification du DVH, demande d'astreinte, dépôt de plainte pénale, ou combinaison des deux.
La plainte est déposée au commissariat, à la gendarmerie, ou directement entre les mains du procureur de la République. Elle peut être accompagnée de toutes les preuves rassemblées. Une plainte avec constitution de partie civile permet de demander réparation du préjudice subi.
Si les incidents sont répétés, il peut être opportun de demander au JAF une modification des modalités du DVH (horaires, lieu de remise, médiation), voire un transfert de résidence si l'intérêt de l'enfant le commande.
À retenir
Ne répondez jamais à un non-respect du DVH par un non-respect de votre côté (en retenant l'enfant, en refusant la remise ou en suspendant le paiement de la pension alimentaire). Ces réactions, compréhensibles humainement, vous exposent vous-même à des poursuites et affaiblissent votre position juridique.
C'est une situation fréquente et délicate. L'enfant (souvent un adolescent) exprime le souhait de ne pas se rendre chez l'autre parent. Le parent hébergeant se retrouve alors dans une position inconfortable : respecter le DVH en forçant l'enfant, ou ne pas le respecter et s'exposer à des poursuites.
La jurisprudence distingue deux situations :
Le refus spontané de l'enfant, sans manipulation parentale : le parent hébergeant doit encourager activement l'enfant à respecter le DVH. S'il fait preuve de passivité ou de complaisance, il peut être poursuivi pour non-représentation d'enfant. Le juge appréciera les diligences accomplies par le parent.
Le refus instrumentalisé par un parent, qui encourage ou organise le rejet de l'autre : c'est une forme de non-représentation indirecte, que les tribunaux sanctionnent de plus en plus sévèrement. Des éléments tels que des messages, des témoignages ou une expertise psychologique peuvent établir cette manipulation.
Dans les deux cas, la saisine du JAF est recommandée : il peut ordonner une expertise psychologique, une enquête sociale ou une médiation familiale pour comprendre les raisons du refus et trouver une solution adaptée à l'enfant.
À retenir
Le refus de l'enfant ne dispense pas le parent hébergeant de ses obligations. Il doit pouvoir démontrer qu'il a tout mis en œuvre pour favoriser le maintien du lien entre l'enfant et l'autre parent..
Votre droit de visite n'est pas respecté ? Agissez sans attendre.
Maître Océane Goursaud analyse votre situation, vous aide à constituer votre dossier de preuves et vous accompagne devant le juge aux affaires familiales ou dans le cadre d'une procédure pénale pour faire valoir vos droits et ceux de votre enfant.
Le non-respect du droit de visite et d'hébergement n'est pas une affaire privée entre parents séparés. C'est une violation d'une décision de justice, constitutive d'une infraction pénale et un préjudice direct pour l'enfant, dont le droit à entretenir des relations avec chacun de ses parents est protégé par la loi.
Face à cette situation, deux types de recours sont disponibles et complémentaires : la voie civile, pour faire évoluer les modalités du DVH et protéger l'enfant ; la voie pénale, pour sanctionner le comportement du parent défaillant. Dans les deux cas, un dossier de preuves solide est indispensable et un accompagnement juridique, déterminant.
Références juridiques citées dans cet article :
Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est unique. Pour toute question relative au respect de votre droit de visite, consultez un professionnel du droit.
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