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Qu'est-ce qu'une ordonnance de protection ?

Lorsque la vie commune devient un danger, la loi offre une réponse d'urgence. L'ordonnance de protection permet de protéger rapidement une victime de violences conjugales, sans attendre une procédure pénale. Conditions, délais et mesures possibles.

Violences physiques, psychologiques, économiques, sexuelles : lorsque la vie commune devient un danger, la loi offre une réponse d'urgence. L'ordonnance de protection est une mesure judiciaire qui permet de protéger rapidement une victime de violences au sein du couple ou de la famille, sans attendre l'issue d'une procédure pénale, et même sans dépôt de plainte préalable.

Nous allons vous expliquer ce qu'est l'ordonnance de protection, comment l'obtenir, ce qu'elle permet d'imposer à l'auteur des violences, et ce qui se passe en cas de violation.

Qu'est-ce que l'ordonnance de protection ?

L'ordonnance de protection est une décision rendue par le juge aux affaires familiales (JAF) à la demande d'une personne qui se dit victime de violences de la part de son conjoint, ex-conjoint, partenaire ou ex-partenaire, quel que soit leur statut matrimonial (mariés, pacsés, en union libre, séparés).

Elle est prévue par les articles 515-9 à 515-13 du Code civil, introduits par la loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, renforcée par la loi n° 2019-1480 du 28 décembre 2019 dite loi Pradié, puis par la loi n° 2023-140 du 28 février 2023.

Sa logique est préventive et protectrice : le juge n'attend pas qu'une infraction soit établie pénalement. Il apprécie la vraisemblance du danger et agit vite pour mettre la victime à l'abri.

À retenir

L'ordonnance de protection n'est pas une sanction pénale. C'est une mesure civile d'urgence. Elle peut être demandée même si aucune plainte n'a été déposée, et même si la procédure de divorce n'est pas encore engagée.

Qui peut demander une ordonnance de protection ?

Toute personne qui se dit victime de violences exercées par son conjoint ou ex-conjoint, son partenaire de PACS ou ex-partenaire, ou son concubin ou ex-concubin peut saisir le juge aux affaires familiales.

La loi couvre notamment :

  • les violences physiques (coups, blessures, séquestration) ;
  • les violences psychologiques (menaces, harcèlement moral, contrôle coercitif) ;
  • les violences économiques (privation de ressources, contrôle des comptes) ;
  • les violences sexuelles au sein du couple ;
  • le mariage forcé.

La protection s'étend également aux enfants du couple ou vivant au foyer, qui peuvent être mentionnés dans l'ordonnance. La victime n'a pas à être de nationalité française : l'ordonnance de protection est accessible quelle que soit la nationalité ou la situation administrative de la personne.

À retenir

Depuis la loi du 28 février 2023, l'ordonnance de protection peut aussi être demandée par la victime d'un mariage forcé, même en l'absence de violences physiques avérées.

VOUS ÊTES EN DANGER ! VOUS N'AVEZ PAS À ATTENDRE.

  • 3919 — Violences Femmes Info (gratuit, 24h/24, anonyme)
  • 17 — Police / Gendarmerie
  • 114 — SMS d'urgence (sourds et malentendants)

Quelles sont les conditions pour l'obtenir ?

Le juge aux affaires familiales apprécie deux conditions cumulatives, définies par l'article 515-11 du Code civil.

1. La vraisemblance des violences alléguées

Le juge ne demande pas une preuve absolue des violences, il apprécie leur vraisemblance. Cela signifie qu'il doit exister des éléments suffisamment concordants pour rendre crédibles les faits allégués.

Les éléments utiles à rassembler :

  • certificats médicaux ou attestations de passage aux urgences ;
  • captures d'écran de messages, e-mails ou publications menaçants ;
  • attestations de proches (famille, amis, voisins, enseignants des enfants) ;
  • main courante ou dépôt de plainte (non obligatoire mais utile) ;
  • rapport d'associations d'aide aux victimes ou de travailleurs sociaux ;
  • ordonnances médicales, prescriptions d'anxiolytiques ou antidépresseurs.

2. L’actualité du danger auquel la victime ou ses enfants sont exposés

Le juge doit également constater l'existence d'un danger actuel ou imminent. Ce danger peut être physique, mais aussi psychologique : isolement, emprise, menaces répétées, comportements de contrôle coercitif suffisent à le caractériser.

Le danger n'a pas à être démontré avec certitude sa vraisemblance suffit. Le juge statue en urgence, avec une appréciation globale de la situation.

À retenir

Le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation souverain. Un dossier bien préparé, avec des pièces précises et chronologiques, est déterminant pour obtenir l'ordonnance. L'assistance d'une avocate dès la constitution du dossier est fortement conseillée..

Quels sont les délais ?

C'est l'un des points forts de ce dispositif : la loi impose des délais stricts pour garantir une réponse rapide.

Étape Délai légal
Audience devant le JAF 6 jours maximum après la saisine (loi 2019)
Rendu de l'ordonnance Immédiatement à l'issue de l'audience ou sous 24h
Durée de l'ordonnance 6 mois, renouvelable si une procédure est en cours

Ce délai de 6 jours a été instauré par la loi Pradié du 28 décembre 2019, qui a considérablement renforcé l'efficacité du dispositif. Avant cette réforme, les délais pouvaient atteindre plusieurs semaines.

À retenir

En cas de danger immédiat, il est possible de solliciter en parallèle une mesure d'éloignement en urgence dans le cadre pénal (garde à vue, contrôle judiciaire). L'ordonnance de protection et la procédure pénale peuvent se dérouler simultanément.

Quelles mesures le juge peut-il ordonner ?

L'ordonnance de protection peut contenir un ensemble de mesures civiles, prononcées d'urgence pour une durée de 6 mois. Le juge choisit les mesures adaptées à chaque situation.

Mesures relatives à la protection physique

  • interdiction pour l'auteur des violences de se rendre au domicile familial, sur le lieu de travail, à l'école des enfants ou dans tout lieu fréquenté par la victime ;
  • attribution du domicile conjugal à la victime y compris si le logement appartient en propre à l'auteur des violences (article 515-11, 2° du Code civil) ;
  • interdiction de détenir ou de porter une arme, avec obligation de la remettre aux services de police ou de gendarmerie.

Mesures relatives aux enfants

  • fixation provisoire de la résidence des enfants chez le parent victime ;
  • organisation d'un droit de visite et d'hébergement de l'autre parent ou suspension de ce droit si le danger le justifie ;
  • interdiction à l'auteur des violences d'entrer en contact avec les enfants en dehors des modalités fixées par l'ordonnance.

Mesures relatives aux obligations financières

  • fixation d'une contribution aux charges du mariage ou d'une pension alimentaire provisoire ;
  • autorisation pour la victime d'ouvrir un compte bancaire ou de souscrire à un contrat sans l'accord de son conjoint.

Mesures relatives à l'identité

  • dissimulation de l'adresse de la victime dans tous les actes de procédure (article 515-11, 6° du Code civil), protection contre le risque de localisation par l'auteur des violences.

Le juge peut combiner librement toutes ces mesures en fonction des circonstances. Il peut également les moduler si la situation évolue.

À retenir

L'attribution du domicile à la victime, même si le logement appartient à l'auteur des violences, est l'une des mesures les plus protectrices du dispositif. Elle peut être obtenue en 6 jours..

Que se passe-t-il si l'auteur viole l'ordonnance ?

La violation de l'ordonnance de protection constitue une infraction pénale autonome, punie de 2 ans d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende (article 227-4-2 du Code pénal, issu de la loi du 28 février 2023).

En cas de violation, la victime doit immédiatement contacter le 17 (Police / Gendarmerie) et signaler la violation. La preuve de la violation (message, appel, présence physique constatée) permettra d'engager des poursuites pénales immédiates.

Le bracelet anti-rapprochement (BAR), dispositif électronique permettant de déclencher une alerte si l'auteur s'approche de la victime, peut également être ordonné par le juge comme mesure complémentaire (article 515-11-1 du Code civil).

À retenir

Une ordonnance de protection non respectée déclenche des sanctions pénales. Conservez une copie de l'ordonnance sur vous et signalez toute violation immédiatement aux forces de l'ordre.

Comment saisir le juge ? Les étapes concrètes

Étape 1 — Consulter une avocate en urgence

La première démarche est de prendre contact avec une avocate en droit de la famille. Elle vous aidera à constituer le dossier, à rédiger la requête et à vous préparer à l'audience. L'aide juridictionnelle est accessible si vos ressources sont insuffisantes.

Étape 2 — Déposer une requête au tribunal judiciaire

La requête est déposée au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de la victime ou de l'auteur des violences. Elle doit exposer les faits, les preuves disponibles et les mesures demandées.

Étape 3 — L'audience

L'audience a lieu dans les 6 jours suivant la saisine. Les deux parties sont convoquées — sauf si le juge estime que la convocation de l'auteur des violences ferait peser un risque supplémentaire sur la victime, dans ce cas les parties sont entendues par le juge séparément. La victime peut être accompagnée de son avocate.

Étape 4 — L'ordonnance et sa signification

Si le juge fait droit à la demande, il rend l'ordonnance immédiatement ou sous 24 heures. L'ordonnance est signifiée à l'auteur des violences par voie d'huissier. Elle est immédiatement exécutoire.

Maître Goursaud vous accompagne pour obtenir une ordonnance de protection.

Constitution du dossier, requête, audience : un accompagnement sur mesure, en urgence, pour vous protéger vous et vos enfants.

Prendre rendez-vous


L'ordonnance de protection est l'un des outils juridiques les plus puissants dont dispose une victime de violences conjugales. Rendue en 6 jours, elle peut imposer l'éloignement de l'auteur des violences, attribuer le domicile à la victime, fixer la résidence des enfants et protéger l'identité de la personne en danger — le tout sans attendre une procédure pénale.

Si vous êtes victime de violences ou si vous pensez être en danger, ne restez pas seul(e). Un accompagnement juridique d'urgence est possible, dès la première consultation.

Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Si vous êtes en danger, contactez les services d'urgence ou le 3919 sans attendre.

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