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Quels sont les risques pénaux pour un conjoint violent ?

Violences physiques, psychologiques, sexuelles : la loi prévoit des sanctions particulièrement lourdes lorsqu'elles sont commises au sein du couple. Infractions, peines encourues et mesures accessoires : le point sur ce que risque réellement un conjoint violent.

Les violences au sein du couple sont parmi les infractions les plus sévèrement sanctionnées par le droit pénal français. Le législateur a, au fil des réformes, considérablement alourdi les peines encourues lorsque les violences sont commises par un conjoint, un ex-conjoint, un partenaire ou un ex-partenaire, quel que soit le statut du couple. Comprendre ces sanctions est essentiel : pour les victimes, afin de mesurer la gravité juridique de ce qu'elles subissent ; et pour prendre conscience que le droit ne laisse pas ces faits impunis.

Nous allons vous expliquer quels sont les risques pénaux pour un conjoint violent, les infractions constitutives de violences conjugales, les peines encourues, les circonstances aggravantes et les mesures accessoires qui peuvent être prononcées.

Le principe fondamental : la relation conjugale comme circonstance aggravante

En droit pénal français, le fait que les violences soient commises par le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS de la victime (ou par un ex-conjoint, ex-concubin ou ex-partenaire) constitue une circonstance aggravante légale. Cette aggravation est prévue par l'article 132-80 du Code pénal, introduit par la loi du 9 juillet 2010 et renforcé par les lois successives de 2019 et 2023.

Cette circonstance aggravante s'applique à toutes les infractions commises dans ce contexte : violences physiques, violences psychologiques, violences sexuelles, harcèlement, menaces, séquestration. Elle s'applique que les personnes soient mariées, pacsées, en concubinage, ou simplement en relation amoureuse — y compris lorsque la relation est terminée au moment des faits.

Concrètement, cette circonstance aggravante produit deux effets :

  • elle augmente la peine maximale encourue, parfois jusqu'au doublement ;
  • elle peut faire basculer une infraction d'une catégorie inférieure (contravention ou délit) à une catégorie supérieure, avec des peines plus lourdes et des conséquences judiciaires plus importantes.

À retenir

Un conjoint violent n'est pas jugé comme un inconnu qui aurait commis les mêmes faits. La relation de confiance et d'intimité trahie aggrave systématiquement la sanction pénale.

Les violences physiques : des peines graduées selon la gravité

Les violences physiques au sein du couple sont punies selon une graduation définie par le Code pénal, en fonction de la gravité des blessures causées, mesurée en termes d'incapacité totale de travail (ITT).

Infraction ITT Peine de base Peine aggravée (conjoint / ex-conjoint) Texte
Violences légères (sans incapacité) 0 jour Contravention 750 € d'amende Délit 3 ans / 45 000 € Art. 222-13 C. pén.
Violences ordinaires ≤ 8 jours Contravention 750 € d'amende Délit 3 ans / 45 000 € Art. 222-13 C. pén.
Violences avec ITT > 8 jours Délit 3 ans / 45 000 € Délit aggravé 5 ans / 75 000 € Art. 222-12 C. pén.
Violences graves avec mutilation ou infirmité permanente Permanente Crime 10 ans / 150 000 € Crime aggravé 15 ans de réclusion Art. 222-10 C. pén.
Violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner Décès Crime 15 ans de réclusion Crime aggravé 20 ans de réclusion Art. 222-8 C. pén.
Meurtre / assassinat (intention de tuer) Décès intentionnel Crime 30 ans / perpétuité Circonstance aggravante 30 ans / perpétuité Art. 221-1 et 221-3 C. pén.

L'ITT (incapacité totale de travail) est évaluée par un médecin légiste ou un médecin traitant. Elle ne correspond pas à un arrêt de travail professionnel, mais à une incapacité à accomplir les gestes ordinaires de la vie quotidienne. Un certificat médical précisant l'ITT est une pièce essentielle de tout dossier pénal de violences conjugales.

À retenir

Même des violences qui semblent « légères » (une gifle, une bousculade) constituent une infraction pénale dès lors qu'elles sont commises par un conjoint ou ex-conjoint. La circonstance aggravante transforme une simple contravention en délit passible de 3 ans d'emprisonnement.

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Les violences psychologiques : une infraction à part entière depuis 2010

La loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010 a créé une infraction spécifique pour les violences psychologiques au sein du couple : le harcèlement conjugal, prévu à l'article 222-14-3 du Code pénal, devenu l'infraction de violence psychologique.

Depuis la loi n° 2020-936 du 30 juillet 2020, cette infraction a été étendue et précisée. Elle couvre les agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale.

Les comportements constitutifs de violences psychologiques :

  • insultes, humiliations, dénigrement répétés devant des tiers ou en privé ;
  • isolement de la victime de sa famille, de ses amis, de son réseau social et professionnel ;
  • contrôle permanent des déplacements, des communications, des fréquentations ;
  • menaces (directes ou indirectes) visant la victime, ses enfants ou ses proches ;
  • destruction d'objets personnels, destruction symbolique des affaires de la victime ;
  • comportements de surveillance et d'espionnage (logiciels espions, accès aux comptes, géolocalisation).

Ces agissements sont punis de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende (article 222-14-3 du Code pénal). La peine est portée à 5 ans et 75 000 € lorsque les faits sont commis sur un mineur de 15 ans ou sur une personne vulnérable.

Le contrôle coercitif : depuis la loi du 28 février 2023, le législateur a introduit dans le Code pénal la notion de contrôle coercitif, comportement systématique visant à dominer, isoler et contrôler la victime dans sa vie quotidienne. Il constitue une forme aggravée de violences psychologiques et peut être retenu comme circonstance aggravante dans les dossiers de violences conjugales.

Les violences sexuelles au sein du couple : viol et agression sexuelle

Le viol entre époux ou concubins est reconnu et puni par la loi française depuis la loi du 23 décembre 1980. Il n'existe en droit français aucune présomption de consentement liée au mariage ou à la vie commune. Un viol est un viol, quel que soit le lien entre les parties.

Le viol conjugal

Le viol est défini par l'article 222-23 du Code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle commis avec violence, contrainte, menace ou surprise. Il est puni de 15 ans de réclusion criminelle. Lorsqu'il est commis par le conjoint ou le partenaire, la peine est portée à 20 ans de réclusion criminelle (article 222-24 du Code pénal).

Si le viol est commis avec plusieurs circonstances aggravantes (par exemple, sur un mineur, avec une arme, ou en réunion), la peine peut atteindre 30 ans de réclusion criminelle, voire la réclusion criminelle à perpétuité.

L'agression sexuelle conjugale

Les agressions sexuelles autres que le viol (attouchements imposés, contrainte à des actes sexuels sans pénétration) sont punies de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende (article 222-27 du Code pénal). La circonstance aggravante liée au conjoint porte ces peines à 7 ans et 100 000 €.

À retenir

le mariage ne crée aucune présomption de consentement. Tout acte sexuel imposé au sein du couple (même entre époux) est un viol ou une agression sexuelle passible des peines les plus lourdes du droit pénal français.

Harcèlement, menaces et stalking : des infractions autonomes

Le harcèlement moral

Le harcèlement moral au sein du couple — défini comme des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime — est puni de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 222-33-2-1 du Code pénal). La peine est portée à 3 ans et 45 000 € lorsque les faits sont commis par le conjoint.

Le harcèlement en ligne (cyberharcèlement)

Les messages, publications sur les réseaux sociaux, campagnes de dénigrement en ligne constituent des formes de harcèlement moral punies par les articles 222-33-2-2 et 226-4-1 du Code pénal. Lorsqu'ils ciblent un ex-conjoint, la circonstance aggravante s'applique.

Les menaces

Les menaces de mort ou de violences graves adressées à un conjoint ou ex-conjoint sont punies de 3 à 5 ans d'emprisonnement selon leur forme et leur réitération (articles 222-17 à 222-18-3 du Code pénal). Les menaces proférées par message, e-mail ou sur les réseaux sociaux sont tout aussi constitutives que les menaces verbales directes.

Le stalking (harcèlement obsessionnel)

La loi n° 2014-873 du 4 août 2014 a introduit le délit de harcèlement obsessionnel (dit « stalking ») prévu à l'article 222-33-2-2 du Code pénal. Il sanctionne le fait d'imposer à une personne des contacts répétés non désirés (appels, messages, guets devant son domicile ou son lieu de travail) ayant pour effet une altération de ses conditions de vie. La peine de base est de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, portée à 3 ans et 45 000 € lorsque l'auteur est un ex-conjoint.

À retenir

Les messages de harcèlement, les appels répétés, la surveillance du domicile d'un ex-conjoint sont des infractions pénales autonomes. Conserver les preuves numériques (captures d'écran horodatées, journaux d'appels) est essentiel pour constituer le dossier pénal.

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Les violences économiques : une reconnaissance juridique croissante

Les violences économiques (privation de ressources, contrôle total des finances du foyer, interdiction de travailler, destruction de biens) ne constituent pas encore une infraction autonome spécifiquement nommée en droit français. Mais elles peuvent être qualifiées juridiquement sous plusieurs infractions existantes :

  • abus de faiblesse (article 223-15-2 du Code pénal) lorsque l'auteur exploite une situation de dépendance économique de la victime ;
  • séquestration économique, maintien de la victime dans une dépendance financière totale, assimilé à une contrainte dans certains dossiers de violences psychologiques ;
  • vol entre époux, possible dans certaines circonstances depuis la loi de 2010 (article 311-12 du Code pénal) ;
  • abus de biens sociaux ou dissimulation de patrimoine lors du divorce, relevant du droit civil et pénal conjointement.

La loi du 28 février 2023 a renforcé la prise en compte des violences économiques dans l'appréciation globale de la situation de la victime, notamment dans le cadre des ordonnances de protection.

À retenir

Même sans infraction autonome clairement nommée, les violences économiques peuvent être intégrées dans un dossier pénal de violences conjugales pour démontrer l'existence d'un contrôle coercitif global et aggraver les sanctions encourues.

Au-delà des peines d'emprisonnement : les mesures accessoires

La condamnation pénale pour violences conjugales ne se limite pas à la peine d'emprisonnement ou à l'amende. Elle peut s'accompagner de nombreuses mesures accessoires, prononcées par le tribunal correctionnel ou la cour d'assises.

Les mesures de sûreté et d'éloignement

  • interdiction d'entrer en contact avec la victime (par tous moyens) pour une durée pouvant aller jusqu'à 10 ans ;
  • interdiction de paraître dans certains lieux (domicile, lieu de travail, école des enfants) ;
  • obligation de résider en dehors du domicile familial ;
  • bracelet anti-rapprochement (BAR), dispositif électronique permettant d'alerter automatiquement la victime si l'auteur s'approche à moins d'une distance définie (article 132-45-1 du Code pénal).

Les interdictions et obligations

  • interdiction de détenir ou de porter une arme, obligation de remettre les armes détenues aux services de police ou de gendarmerie (article 131-6 du Code pénal) ;
  • obligation de soins, stage de responsabilisation, suivi psychologique ou psychiatrique, cure de désintoxication si addiction documentée ;
  • interdiction d'exercer une activité professionnelle impliquant un contact avec des mineurs ;
  • interdiction de quitter le territoire national sans autorisation judiciaire.

Les conséquences sur l'autorité parentale

  • retrait partiel ou total de l'autorité parentale, prononcé par le tribunal correctionnel ou le juge aux affaires familiales (article 378 du Code civil) ;
  • suspension du droit de visite et d'hébergement, totale ou conditionnée à un accompagnement en espace de rencontre médiatisé ;
  • interdiction de contact avec les enfants en dehors des modalités fixées par la décision.

Les dommages et intérêts

La victime peut se constituer partie civile dans la procédure pénale afin d'obtenir réparation du préjudice subi — physique, psychologique, économique. Le tribunal fixe le montant des dommages et intérêts, que l'auteur est condamné à verser à la victime. Si l'auteur est insolvable, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) peut indemniser la victime.

À retenir

Une condamnation pénale pour violences conjugales a des conséquences qui dépassent largement la peine de prison. Elle peut affecter durablement l'autorité parentale, l'emploi, la liberté de mouvement et le patrimoine de l'auteur. Ces conséquences sont permanentes ou de longue durée.

Comment se déclenche la procédure pénale ?

Le dépôt de plainte

La procédure pénale peut être déclenchée par le dépôt de plainte de la victime auprès d'un commissariat ou d'une gendarmerie. La plainte peut également être adressée directement au procureur de la République par courrier recommandé. Depuis la loi du 28 février 2023, les forces de l'ordre ont l'obligation d'enregistrer toute plainte pour violences conjugales et de délivrer immédiatement un récépissé à la victime.

Le dépôt de plainte peut s'accompagner d'une demande d'ordonnance de protection auprès du juge aux affaires familiales, les deux procédures sont indépendantes et peuvent être menées simultanément.

Le signalement par un tiers

Même sans plainte de la victime, la procédure pénale peut être déclenchée par un signalement de tiers (médecin, travailleur social, voisin) auprès du procureur de la République. Le procureur peut alors ouvrir une enquête d'office, sans attendre que la victime dépose plainte. Cette possibilité est importante lorsque la victime est sous emprise et n'est pas en mesure d'agir elle-même.

La garde à vue et le contrôle judiciaire

Lorsque des violences sont constatées ou vraisemblables, les forces de l'ordre peuvent placer l'auteur en garde à vue immédiatement, y compris la nuit et le week-end. À l'issue de la garde à vue, le procureur peut décider de poursuivre, de proposer une alternative aux poursuites (médiation pénale, rappel à la loi, stage de sensibilisation) ou de classer sans suite.

En cas de danger avéré, un contrôle judiciaire assorti d'une interdiction de contact avec la victime peut être prononcé dès la sortie de garde à vue. La détention provisoire est possible dans les cas les plus graves.

À retenir

La procédure pénale peut être déclenchée sans que la victime soit en mesure de déposer plainte elle-même. Ne pas porter plainte ne signifie pas que l'auteur ne risque rien : le parquet peut agir d'office sur signalement d'un tiers ou sur la base d'un constat de violences.

La récidive : des peines encore plus lourdes

Le droit pénal français traite la récidive avec une particulière sévérité. En matière de violences conjugales, la récidive légale entraîne le doublement des peines maximales encourues (articles 132-8 à 132-15 du Code pénal).

Par exemple, un conjoint condamné une première fois pour violences avec ITT supérieure à 8 jours (5 ans d'emprisonnement) qui récidive encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement. La récidive peut également conduire à un suivi socio-judiciaire de longue durée, avec injonction de soins.

Le suivi socio-judiciaire : cette mesure, prévue à l'article 131-36-1 du Code pénal, peut être prononcée après une condamnation pour crimes ou délits sexuels, mais aussi pour des violences conjugales particulièrement graves. Elle impose à l'auteur, après sa peine, une période de surveillance judiciaire avec obligations de soins, de résidence, et d'éloignement de la victime.

Un conjoint violent s'expose à des sanctions pénales lourdes et multiples : peines d'emprisonnement, amendes, mesures d'éloignement, restrictions sur l'autorité parentale, dommages et intérêts. Ces sanctions sont systématiquement aggravées par la circonstance que les violences ont été commises au sein du couple, trahissant une relation de confiance et d'intimité.

Pour la victime, connaître ces sanctions est une information précieuse : elle mesure ainsi la gravité juridique de ce qu'elle subit, et comprend que la loi ne laisse pas ces faits impunis. Porter plainte, avec l'accompagnement d'une avocate, est souvent le premier pas vers la sortie de la violence et vers la protection de ses droits et de ceux de ses enfants.


Références juridiques citées dans cet article :

Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Si vous êtes victime de violences, contactez le 3919 ou les services d'urgence sans attendre.

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