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Non-respect du droit de visite et d'hébergement : que faire ?

L'autre parent ne présente pas votre enfant ou ne le ramène pas à l'heure prévue ? Cette situation constitue une infraction pénale, et pas seulement un différend familial. Les recours civils et pénaux disponibles.

Le juge aux affaires familiales a fixé un droit de visite et d'hébergement. Mais l'autre parent refuse de vous présenter l'enfant, retarde les remises, ou ne le ramène pas à la date prévue. Cette situation, douloureuse pour le parent concerné, l'est tout autant pour l'enfant. Et elle n'est pas sans conséquence juridique pour celui qui la provoque.

Nous allons vous expliquer ce que recouvre juridiquement le non-respect du droit de visite, les infractions encourues, et les recours disponibles, civils comme pénaux.

Qu'est-ce que le droit de visite et d'hébergement ?

Le droit de visite et d'hébergement (DVH) est la modalité par laquelle le parent chez qui l'enfant ne réside pas habituellement maintient un lien régulier avec lui. Il est fixé soit par accord amiable entre les parents (homologué ou non par le juge), soit par décision du juge aux affaires familiales (JAF).

Le DVH est un droit, mais aussi un devoir. Il découle directement de l'exercice de l'autorité parentale et du droit de l'enfant à entretenir des relations personnelles avec chacun de ses parents, consacré par l'article 9-3 de la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) et l'article 371-4 du Code civil.

Le DVH peut prendre différentes formes :

  • week-ends alternés et la moitié des vacances scolaires : modalité la plus répandue ;
  • visite en lieu neutre (point-rencontre) : ordonnée lorsque la relation nécessite un cadre encadré ;
  • droit de visite simple, sans hébergement : pour les situations nécessitant une supervision ;

À retenir

Une décision de justice ou une convention parentale homologuée par le juge fixant le DVH a force exécutoire. Son non-respect n'est pas une simple question de bonne entente entre parents, c'est une violation d'une décision judiciaire, avec des conséquences juridiques précises.

Quelles sont les formes de non-respect du droit de visite ?

Le non-respect du DVH peut se manifester dans les deux sens : qu'il s'agisse du parent hébergeant qui refuse de remettre l'enfant, ou du parent bénéficiaire du DVH qui ne le restitue pas dans les délais prévus.

Du côté du parent hébergeant

  • refus de présenter l'enfant au moment de la remise, sans motif légitime ;
  • déménagement sans informer l'autre parent, rendant le DVH matériellement impossible ;
  • conduite de l'enfant à une activité ou un rendez-vous pendant le temps de l'autre parent, sans accord ;
  • dénigrement systématique de l'autre parent devant l'enfant, conduisant ce dernier à refuser lui-même les visites ;
  • manipulation de l'enfant pour qu'il exprime un refus de voir l'autre parent, ce que la jurisprudence qualifie parfois d’instrumentalisation de l’enfant.

Du côté du parent bénéficiaire du DVH

  • non-restitution de l'enfant à la date et à l'heure prévues par la décision ;
  • allongement non autorisé des périodes d'hébergement ;
  • déplacement de l'enfant à l'étranger sans l'accord de l'autre parent ni autorisation judiciaire.

À retenir

Dans les deux cas, le non-respect du DVH peut constituer une infraction pénale. Il n'y a pas de « bon côté » du non-respect : que vous soyez le parent hébergeant ou le parent bénéficiaire, vous êtes soumis aux mêmes obligations.

Le non-respect du DVH : une infraction pénale

C'est un point que beaucoup ignorent : le non-respect d'une décision de justice fixant le droit de visite et d'hébergement constitue une infraction pénale autonome, prévue par le Code pénal.

Infraction Texte Peine encourue
Non-représentation d'enfant (refus de remettre l'enfant) Art. 227-5 C. pénal 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende
Non-restitution d'enfant (refus de rendre l'enfant) Art. 227-6 C. pénal 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende
Soustraction d'enfant à l'autorité parentale (départ à l'étranger sans autorisation) Art. 227-7 C. pénal 1 à 3 ans d'emprisonnement et 15 000 à 45 000 € d'amende

Ces infractions sont définies aux articles 227-5 à 227-11 du Code pénal. Elles sont constituées dès lors qu'une décision de justice existe et que l'un des parents s'y oppose délibérément, même ponctuellement. Un refus unique, s'il est clairement établi, peut suffire à caractériser l'infraction.

La tentative de conciliation préalable n'est pas une condition légale pour déposer plainte, mais elle peut être utile pour documenter la mauvaise volonté de l'autre parent et renforcer la crédibilité de la démarche judiciaire.

À retenir

ces infractions relèvent du parquet. Une fois la plainte déposée, c'est le procureur de la République qui décide des suites à donner (classement, médiation pénale, poursuites). Le parent victime n'est pas seul maître du calendrier pénal.

Les recours civils : agir devant le juge aux affaires familiales

Parallèlement aux recours pénaux, des voies civiles permettent d'agir rapidement pour faire respecter le DVH et, si nécessaire, modifier les modalités fixées.

La saisine du JAF pour inexécution de la décision

Le parent dont le DVH n'est pas respecté peut saisir le JAF par requête pour demander l'exécution forcée de la décision. Le juge peut alors :

  • rappeler à l'ordre le parent défaillant et l'enjoindre de respecter la décision ;
  • modifier les modalités du DVH pour les sécuriser (horaires plus précis, lieu de remise neutre, point rencontre) ;
  • ordonner une mesure d'investigation (expertise psychologique, enquête sociale) pour évaluer la situation de l'enfant ;
  • dans les cas graves, modifier la résidence habituelle de l'enfant au bénéfice du parent qui respecte les décisions.

L'astreinte : une pression financière sur le parent récalcitrant

Le juge peut assortir sa décision d'une astreinte, une somme d'argent due par le parent défaillant pour chaque jour ou chaque weekend de DVH non respecté (article L. 131-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Cette mesure crée une pression financière directe et immédiate.

L'astreinte est liquidée par le juge de l'exécution à la demande de la partie créancière, sur présentation des preuves du non-respect.

La modification de la résidence : une mesure de dernier recours

Lorsque les manquements sont répétés, documentés et que le comportement du parent hébergeant nuit manifestement à l'intérêt de l'enfant, le JAF peut être saisi d'une demande de transfert de résidence. Cette décision n'est pas prise à la légère : le juge apprécie l'ensemble de la situation et place toujours l'intérêt supérieur de l'enfant au centre de son analyse.

La jurisprudence est constante sur ce point : le refus répété et injustifié de présenter l'enfant à l'autre parent peut justifier un transfert de résidence (Cass. 1re civ., 16 mai 2018, n° 17-15.535).

À retenir

La voie civile et la voie pénale ne s'excluent pas. Elles peuvent être menées simultanément. La voie civile permet d'agir sur les modalités du DVH et la situation de l'enfant ; la voie pénale sanctionne le comportement du parent défaillant.

Comment prouver le non-respect du droit de visite ?

Quelle que soit la voie choisie (civile ou pénale), la preuve du non-respect est déterminante. Il est indispensable de constituer un dossier solide dès les premiers incidents.

Les éléments de preuve les plus utiles :

  • constats par un Commissaire de Justice : le commissaire de Justice (nouveau nom des huissiers) se présente au domicile du parent hébergeant à l'heure prévue de la remise et dresse un procès-verbal constatant l'absence de présentation de l'enfant, c'est la preuve la plus solide et la plus recevable en justice ;
  • captures d'écran de messages (SMS, WhatsApp, e-mails) dans lesquels l'autre parent refuse la remise, déplace les horaires ou justifie son comportement — à conserver avec l'horodatage visible ;
  • témoignages de tiers présents lors de la remise (ou de la non-remise) : membre de la famille, assistante maternelle, voisin... ;
  • journal de bord chronologique tenu par le parent victime, mentionnant chaque incident avec la date, l'heure, les circonstances et les personnes présentes ;
  • échanges avec l'école ou les activités extrascolaires confirmant les absences de l'enfant lors des périodes de DVH.

Le constat par commissaire de justice : c'est le moyen de preuve le plus efficace en cas de non-représentation. Son coût est modéré (entre 80 et 150 € selon les cas) et il constitue un acte authentique irréfutable. En cas de procédure ultérieure, il fera office de preuve incontestable.

Les démarches concrètes étape par étape

Étape 1 — Documenter immédiatement chaque incident

Dès le premier refus, commencez à constituer votre dossier de preuves. Ne laissez pas les incidents s'accumuler sans trace : chaque incident non documenté affaiblit votre position future.

Étape 2 — Tenter un rappel écrit à l'autre parent

Envoyez un message écrit (SMS, e-mail ou courrier recommandé) rappelant les modalités fixées par la décision de justice et demandant le respect du DVH. Cette démarche trace votre bonne foi et documente le refus de l'autre parent.

Étape 3 — Consulter une avocate en droit de la famille

En fonction de la gravité de la situation, votre avocate vous orientera vers la voie la plus adaptée : saisine du JAF pour modification du DVH, demande d'astreinte, dépôt de plainte pénale, ou combinaison des deux.

Étape 4 — Déposer plainte si les conditions sont réunies

La plainte est déposée au commissariat, à la gendarmerie, ou directement entre les mains du procureur de la République. Elle peut être accompagnée de toutes les preuves rassemblées. Une plainte avec constitution de partie civile permet de demander réparation du préjudice subi.

Étape 5 — Saisir le JAF pour faire évoluer la décision

Si les incidents sont répétés, il peut être opportun de demander au JAF une modification des modalités du DVH (horaires, lieu de remise, médiation), voire un transfert de résidence si l'intérêt de l'enfant le commande.

À retenir

Ne répondez jamais à un non-respect du DVH par un non-respect de votre côté (en retenant l'enfant, en refusant la remise ou en suspendant le paiement de la pension alimentaire). Ces réactions, compréhensibles humainement, vous exposent vous-même à des poursuites et affaiblissent votre position juridique.

Cas particulier : l'enfant refuse lui-même de voir l'autre parent

C'est une situation fréquente et délicate. L'enfant (souvent un adolescent) exprime le souhait de ne pas se rendre chez l'autre parent. Le parent hébergeant se retrouve alors dans une position inconfortable : respecter le DVH en forçant l'enfant, ou ne pas le respecter et s'exposer à des poursuites.

La jurisprudence distingue deux situations :

Le refus spontané de l'enfant, sans manipulation parentale : le parent hébergeant doit encourager activement l'enfant à respecter le DVH. S'il fait preuve de passivité ou de complaisance, il peut être poursuivi pour non-représentation d'enfant. Le juge appréciera les diligences accomplies par le parent.

Le refus instrumentalisé par un parent, qui encourage ou organise le rejet de l'autre : c'est une forme de non-représentation indirecte, que les tribunaux sanctionnent de plus en plus sévèrement. Des éléments tels que des messages, des témoignages ou une expertise psychologique peuvent établir cette manipulation.

Dans les deux cas, la saisine du JAF est recommandée : il peut ordonner une expertise psychologique, une enquête sociale ou une médiation familiale pour comprendre les raisons du refus et trouver une solution adaptée à l'enfant.

À retenir

Le refus de l'enfant ne dispense pas le parent hébergeant de ses obligations. Il doit pouvoir démontrer qu'il a tout mis en œuvre pour favoriser le maintien du lien entre l'enfant et l'autre parent..

Votre droit de visite n'est pas respecté ? Agissez sans attendre.

Maître Océane Goursaud analyse votre situation, vous aide à constituer votre dossier de preuves et vous accompagne devant le juge aux affaires familiales ou dans le cadre d'une procédure pénale pour faire valoir vos droits et ceux de votre enfant.

Prendre rendez-vous

Le non-respect du droit de visite et d'hébergement n'est pas une affaire privée entre parents séparés. C'est une violation d'une décision de justice, constitutive d'une infraction pénale et un préjudice direct pour l'enfant, dont le droit à entretenir des relations avec chacun de ses parents est protégé par la loi.

Face à cette situation, deux types de recours sont disponibles et complémentaires : la voie civile, pour faire évoluer les modalités du DVH et protéger l'enfant ; la voie pénale, pour sanctionner le comportement du parent défaillant. Dans les deux cas, un dossier de preuves solide est indispensable et un accompagnement juridique, déterminant.


Références juridiques citées dans cet article :

Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est unique. Pour toute question relative au respect de votre droit de visite, consultez un professionnel du droit.

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